Les dialogues et leurs règles typographiques

typographie dialogue ecrire et s'enrichirUne difficulté sur laquelle je me suis longtemps cassé les dents est la mise en page des dialogues. Et je me suis aussi rendu compte qu’à part les initiés, beaucoup d’auteurs font un peu les mêmes erreurs que moi, surtout quand leurs textes ne sont pas relus par des professionnels.

Cet amateurisme peut être très préjudiciable au texte dans son ensemble : n’oubliez pas qu’un lecteur ne fait pas la différence entre un texte et sa mise en page. Ce qui veut dire qu’une présentation négligée va nuire au contenu et à la qualité de votre livre, et donc que vos ventes vont en pâtir.

Pourtant, des règles existent, alors autant les appliquer !

Je précise : dans cet article, je ne m’attarderai pas sur « l’art » d’écrire des dialogues, qui pourrait à lui seul faire l’objet d’un livre complet ! Dans un premier temps, il y a déjà suffisamment à dire au sujet de la typographie.

Passons maintenant aux choses sérieuses. Bon courage, c’est un peu long…

 

Les modèles de dialogue

 

Il existe deux modèles typographiques utilisés pour écrire des dialogues. Le nouveau modèle, dit moderne, et… l’ancien, dit « dix-neuvième ».

La différence entre les deux est que dans l’ancien modèle, des guillemets sont utilisés pour ouvrir et fermer un dialogue. Ni plus, ni moins. L’intérêt des guillemets était de clairement dissocier le dialogue de la narration.

L’édition actuelle quant à elle a de plus en plus tendance à supprimer ces guillemets, utilisant alors le tiret dès l’ouverture du dialogue.

Sinon, il n’y a pas d’autres différences, et dans les deux cas, le retour à la ligne doit être appliqué à chaque réplique.

Dans l’exemple ci-dessous, un même dialogue est retranscrit selon les différents modèles typographiques (texte justifié avec alinéa).

typographie dialogue 2 ecrire et s'enrichir

typographie dialogue 3 ecrire et s'enrichir

 

Les signes du dialogue

 

1) Les guillemets

« »

Comme expliqué plus haut, les guillemets sont uniquement utilisés dans la ponctuation de l’ancien modèle de dialogue. Leur fonction est d’ouvrir – « – et de fermer – » – un dialogue pour le dissocier clairement de la narration. Il ne doit donc y avoir qu’une seule paire de guillemets pour un même dialogue.

Exemple :

Le lac resta un moment sans rien dire. Puis :
« Je pleure pour Narcisse, mais je ne m’étais jamais aperçu que Narcisse était beau. Je pleure pour Narcisse parce que, chaque fois qu’il se penchait sur mes rives, je pouvais voir, au fond de ses yeux, le reflet de ma propre beauté. »

Dans la zone de dialogue, la première réplique est ainsi précédée d’un guillemet ouvrant. Ensuite, s’il y a des nouvelles répliques, chacune est introduite par un tiret.

Pour la petite histoire, sachez qu’il est possible d’écrire des dialogues seulement avec des guillemets, mais cette pratique n’est plus utilisée aujourd’hui.

À noter également que les guillemets français – « » – ne sont pas à confondre avec les guillemets anglais – “” –. Ces derniers ne sont donc pas à utiliser lorsque l’on rédige un dialogue en français, sauf pour placer des guillemets… dans des guillemets. Vous me suivez ?

Exemple :

« Je l’ai averti “Pas de légumes, pas de dessert !” »

 

2) Le tiret

a. Le cadratin

Dans le nouveau modèle de dialogue, dans un souci de simplification, la combinaison des guillemets et des tirets n’est plus utilisée au profit des tirets seuls.

Historiquement, le type de tiret le plus utilisé dans les dialogues est un tiret long dit cadratin.

Exemple :

— Pourquoi pleures-tu ? demandèrent les Oréades.

! Astuce : sur Word, utilisez le raccourci Ctrl + Alt + – (du pavé numérique) pour insérer un cadratin. Sur OpenOffice.org, utilisez le raccourci Alt + 0151 (du pavé numérique).

Le cadratin possède également d’autres emplois, par exemple pour lister des énumérations, remplacer une virgule, des parenthèses ou encadrer des éléments incidents (voir explications sur ce qu’est l’incise ci-après). Mais dans ces derniers cas, le demi-cadratin lui est préféré.

b. Le demi-cadratin

Le demi-cadratin est un tiret moyen soumis aux mêmes règles que le cadratin. De nos jours, il est de plus en plus utilisé pour introduire les répliques, notamment car il prend moins de place.

Il est préféré au cadratin pour lister des énumérations, remplacer une virgule, des parenthèses ou encadrer des éléments incidents. Dans ces cas, une espace justifiante est située à l’extérieur et une espace insécable à l’intérieur.

Exemple :

Ce vin – médaille d’or 2010 – sera très apprécié pour accompagner l’apéro.

Si l’incise termine la phrase, il n’y a pas de tiret de fermeture avant la ponctuation finale.

Exemple :

Pour accompagner l’apéro, un vin blanc ira à merveille – un p’tit Riesling ?

Aussi, le demi-cadratin permet de séparer un mot simple d’un mot composé, et donc de faire la distinction entre le trait d’union et le tiret moyen de séparation des groupes de mots.

Exemple :

La distance Paris – Perros-Guirec est de 424 kilomètres.

! Astuce : sur Word, utilisez le raccourci Ctrl + – (du pavé numérique) pour insérer un demi-cadratin. Sur OpenOffice.org, utilisez le raccourci — suivi d’une espace.

c. Le trait d’union

Non ! le trait d’union n’est jamais employé au début d’une réplique ! Et de manière générale, il ne fait pas partie de la typographie spécifique aux dialogues. Il sert uniquement à lier des mots ou des éléments composés.

Exemple :

Les habitants de Bourg-la-Reine s’appellent les Réginaburgiens.

 

3) Le double point

:

Dans un dialogue, le double point est principalement utilisé en deux situations : soit pour appeler le dialogue directement après la narration, soit pour mentionner une citation (que ce soit dans la narration ou un dialogue).

Exemple :

Le lac resta un moment sans rien dire. Puis :
— Je pleure pour Narcisse, […].

Exemple :

— Dans un de ses sketches, Coluche cite : « La dictature c’est “Ferme ta gueule !”, la démocratie c’est “Cause toujours !” »

 

4) L’alinéa

Alinéa est un nom masculin venant du latin ad lineum qui signifie « à la ligne ».

Principalement utilisé dans les romans, l’alinéa est la marque d’un retour à la ligne. En ce sens, c’est une ponctuation de texte qui permet de mettre en évidence un paragraphe ou une réplique d’un dialogue que précédera cet alinéa. Il est identifié par un retrait vers l’intérieur de la première ligne. Ensuite, le paragraphe est entièrement justifié, sauf pour la dernière ligne qui est creuse (alignée à gauche). L’essentiel est de rester constant du début à la fin de votre document dans les retraits.

Exemple :

     À la mort de Narcisse, les Oréades, divinités des bois, étaient venues au bord de ce lac d’eau douce et l’avaient trouvé transformé en urne de larmes amères.
     « Pourquoi pleures-tu ? demandèrent les Oréades.
     — Je pleure pour Narcisse, répondit le lac.

L’alinéa n’est pas obligatoire. Par exemple, il n’est pas utilisé pour rédiger des articles de blog. Mais dans un livre de fiction, l’alinéa est incontournable.

Nota : j’attire votre attention sur le fait que dans la majorité des logiciels de traitement de texte, lorsque vous écrivez une réplique précédée d’un tiret et que vous tapez Entrer pour revenir à la ligne, le logiciel applique automatiquement la mise en page des numérotations ou des listes avec puces, avec de grands alinéas et de grands espaces après les tirets.

Exemple :

À la mort de Narcisse, les Oréades, divinités des bois, étaient venues au bord de ce lac d’eau douce et l’avaient trouvé transformé en urne de larmes amères.
       –   Pourquoi pleures-tu ? demandèrent les Oréades.
       –   Je pleure pour Narcisse, répondit le lac.

Cette mise en page n’est pas celle qu’il faut utiliser pour les dialogues, il ne faut donc pas la prendre en compte et la modifier.

 

Autres spécificités du dialogue

 

1) L’incise

Dans un dialogue, l’incise est une partie non dialoguée faisant partie intégrante de la zone de dialogue. Elle permet d’enrichir les répliques en identifiant clairement les différents interlocuteurs – ce qui est d’autant plus pratique lorsqu’il y en a plus de deux – et de donner plus de richesse et plus de rythme aux dialogues.

Vous constaterez que dans l’incise, le verbe et le sujet sont inversés. Elle peut être placée au milieu de la phrase de dialogue – isolée entre deux virgules –, ou encore à la fin d’une réplique. Dans ce dernier cas, elle est séparée par la ponctuation du dialogue lui-même – que ce soit un point d’exclamation, d’interrogation ou des points de suspension –, ou à défaut par une virgule. Mais, quel que soit le cas, l’incise ne commence pas par une majuscule, mais bien par une minuscule, contrairement aux règles de typographie habituelles.

Exemple :

— Pourquoi pleures-tu ? demandèrent les Oréades.

Si des guillemets sont utilisés dans le dialogue, les indices doivent être inclus à l’intérieur de ces guillemets, sauf dans le cas particulier de la fin du dialogue. Dès lors, la dernière incise se place après le guillemet de fermeture du dialogue.

Exemple (fin de dialogue) :

« Pourquoi pleures-tu ? » demandèrent les Oréades.

À noter que si elle est trop longue ou forme une phrase à part entière, l’incise est considérée comme de la narration et est donc exclue du dialogue. Si l’on utilise l’ancien modèle de dialogue, cela implique de fractionner le dialogue en deux afin de rendre la lecture du dialogue plus claire au lecteur.

 

2) La citation

Comme expliqué précédemment, la citation, mise en valeur par des guillemets, peut être mentionnée dans un dialogue après un double point.

Si la citation est une phrase entière, il convient de la marquer d’un signe de ponctuation final avant le guillemet de fermeture de la citation. Autrement, un point est ajouté après le guillemet de fin de citation.

Exemple :

— Dans un de ses sketches, Coluche cite : « La dictature c’est “Ferme ta gueule !”, la démocratie c’est “Cause toujours !” » Je suis d’accord avec lui.

Dans cet exemple qui est un cas particulier, vu que la citation s’achève sur un point d’exclamation, il n’y a pas de cumul de ponctuation, et donc il n’y a pas de point après le guillemet de fin de la citation.

 

3) Le monologue

Les monologues, souvent utilisés pour traduire les pensées des personnages, peuvent également être indiqués entre guillemets.

Exemple :

« C’est justement la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante », songea-t-il en levant à nouveau son regard vers le ciel.

 

Bravo, chers lecteurs, vous êtes arrivés au bout de cet article ! Preuve en est de votre motivation à publier un livre dans les règles de l’art. Mais peut-être appliquez-vous des règles différentes à celles indiquées dans cet article pour mettre en page les dialogues de vos textes ?

 

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Commentaires

  1. Woodall jean-Paul a écrit

    Bonjour.
    Merci pour ce bel article très clair.
    Cependant, je n’ai point trouvé de réponse à une question. Doit-on écrire :
    Mes clientes passant la porte de la boutique à 19 heures, des femmes qui se prélassaient toute la journée : « Ah, vous allez déjà fermer ? » alors qu’on était là depuis 8 heures 30 sans quitter la boutique de toute la journée.

    ou

    Mes clientes passant la porte de la boutique à 19 heures, des femmes qui se prélassaient toute la journée : « Ah, vous allez déjà fermer ? », alors qu’on était là depuis 8 heures 30 sans quitter la boutique de toute la journée.

    Par avance merci pour votre réponse.

  2. diddy a écrit

    bonjour, je suis une nouvelle ecrivaine pas encore connu, mon blog ebookdenpdiane.blogspot.com. vos conseils sont tres precieux pourles debutants,merci encore

  3. Pierre a écrit

    merci pour cet article très intéressant. J’aurais rajouté quelque chose (mais qui est précisé de manière implicite) : dans un dialogue, le premier mot est en majuscule.

    Bonne continuation !

  4. Faure a écrit

    Bonjour,
    Merci pour cet article simple et très utile !
    Une question sans réponse me reste cependant…
    Est-il possible d’intégrer deux incises dans une seule réplique, ou bien faut-il « casser » le dialogue ?

    Ex :
    _ Quoi ? … Heu… De qui parles-tu ? cafouille-t-il. Je ne comprends rien ! finit-il par avouer en réponse à l’attitude dépitée et gentiment moqueuse de son ami.
    ou bien
    _ Quoi ? … Heu… De qui parles-tu ? cafouille-t-il.
    Son ami se moque gentiment de lui.
    _ Je ne comprends rien ! avoue-t-il ?

    Merci de votre réponse.
    Lucile.

    • a écrit

      Bonjour Lucile,

      Je ne sais pas s’il existe une règle précise dans ce cas de figure.
      Mais à mon avis, rien ne vous empêche d’utiliser deux incises au sein d’une même réplique.
      Tant que la lecture reste facile et claire, c’est le principal.

      A bientôt,
      Fred

  5. a écrit

    Très bel article ! Bravo aussi pour les autres articles de typo qui seront très utiles, je crois, à vos lecteurs – lesquels, en plus d’être écrivains, doivent s’improviser correcteurs et metteurs en pages.

    Du coup, je me permets de vous signaler le site web http://www.orthotypographie.fr qui est entièrement dédié aux problèmes de correction de texte et de typographie. Il s’agit du texte, au format HTML et PDF (sous licence Libre : Creative Commons by-nc-nd), du dictionnaire d’orthotypographie du grand correcteur Jean-Pierre Lacroux, malheureusement trop tôt disparu…

    Le problème des dialogues est traité ici : http://www.orthotypographie.fr/volume-I/date-dynastie.html#Dialogue (NB. Vos lecteurs seront sans doute plus heureux en consultant les PDF, qui sont évidemment plus exacts quant à la mise en pages que la version web…).

  6. Christelle a écrit

    Bonsoir,

    L’article est très clair, les exemples sont limpides !

    Est-ce que je pourrais, étant professeur, m’en inspirer pour expliquer aux élèves comment écrire un dialogue?

    Merci d’avance !

    Christelle

    • a écrit

      Bonsoir Christelle,

      Oui bien sûr, n’hésitez pas à vous inspirer de cet article dans le cadre de votre enseignement.

      Bien à vous,
      Fred

  7. merisier a écrit

    Bonjour Fred,
    Je m’étais interrogé sur l’art et la manière d’insérer un demi-cadratin au début d’un dialogue quand on travaille avec Open Office.
    Mes efforts et autres recherches/bidouilles ont fini par être récompensés et je ferai grâce aux autres utilisateurs de ce logiciel des outrages que j’ai fait subir à mon clavier….
    Taper deux fois le tiret sous le 6 ou deux fois le moins du pavé numérique. Taper sur la barre d’espace et hop, soudure des deux tirets en un tiret moyen.
    L’informatique c’est formidable….quand on maîtrise!
    Bonnes vacances?! Merisier.

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